Un aperçu de mon apprentissage d'ébéniste

Marie MANDALLAZ avec son maître d’apprentissage

Marie MANDALLAZ avec son maître d’apprentissage

Un parcours singulier et des formations qui sont complémentaires
Les femmes sont rares parmi les ébénistes, l’apprentissage de ce métier auprès d’un formateur qui fait de la restauration de meubles anciens l’est aussi. En 2018 j’obtiens un CFC d’ébéniste avec la meilleure moyenne pratique et la 2ème moyenne générale, preuve que tout est possible à force de travail et conviction.

Mon parcours

J’ai suivi ma scolarité dans le canton de Genève et obtenu une maturité gymnasiale, option arts visuels. Puis j’ai poursuivi mon cursus avec un Bachelor à la HE-Arc du canton de Neuchâtel, pour devenir Ingénieure en conception ergonomique et design. Cette formation exigeante m’a permis d’appréhender des projets à partir de croquis pour finir à la maquette fonctionnelle, en passant par le dessin assisté par ordinateur.

J’ai travaillé quelque temps à Genève chez un distributeur d’exclusivités horlogères et à la Neuveville dans le monde de l’impression 3D. Finalement je me suis lancée dans cet apprentissage d’ébéniste, métier que j’avais en tête depuis de nombreuses années. La passion du bois: du respect de l’histoire du meuble à la précision de la création. Passionnée par le travail du bois et celui de la matière en général, j’ai eu la chance d’être engagée chez Monsieur François David, qui fait principalement de la restauration de meubles anciens et d’objets d’arts. Dans cet atelier et grâce différents stages intégrés dans la formation j’ai appris les diverses facettes et compétences du métier avec pour aboutissement le CFC et une riche expérience.

Les épreuves du CFC (TPI)

Cet examen pratique se compose de plusieurs épreuves, une partie purement technique en situation d’examen et la réalisation d’un projet en entreprise.

Pour l’épreuve technique nous recevons onze plans que nous devons réaliser en une heure chacun. Nous devons démontrer la maitrise de l’utilisation des machines propres au métier. C’est un travail intense d’un jour et demi, à l’ETML. La deuxième partie de l’examen est la réalisation d’un projet d’entreprise consistant en un travail habituel entre 40 et 80 heures, accompagné d’un dossier, et une défense orale devant deux experts.

Dans l’entreprise, j’ai réalisé deux petites constructions, un tabouret de décoration assemblé à tenons et mortaises ainsi qu’un cadre pour miroir assemblé à queues d’aigle et une restauration d’un bureau d’époque Napoléon III de style Louis XV.

 

Travail apprentie, épreuve technique

Travail de l'apprentie, épreuve technique.

Bureau de style Louis XV, en cours de restauration

Bureau de style louis XV, après restauration.

 

Les défis

Ces deux premières réalisations ont été un défi pour moi, car je n’ai pas l’habitude de réaliser beaucoup de pièces neuves à l’atelier. La création d’objets nécessite des finitions impeccables, de la précision dans le geste, et un rendu lisse. Il m’a fallu être consciencieuse pour produire un objet sans défaut, sans lui infliger de chocs. J’ai davantage l’habitude à l’atelier de restaurer des meubles anciens où les marques du temps sont présentes et à préserver, la précision consistant davantage dans le respect des matériaux utilisés, la conservation des pièces et des teintes que dans le rendu de fabrication.

Pour tous les projets j’ai dû établir une marche à suivre afin de ne pas me perdre, de faire les travaux dans un ordre cohérent et de ne pas être arrêtée dans mon travail.

Le bureau est le travail qui m’a pris le plus de temps, avec une multitude de travaux de placage et un ponçage délicat, puisque c’est un placage de palissandre extrêmement fin.

Et demain

J’aime redonner une vie supplémentaire à ces anciennes pièces de mobilier. Le fait de voir le changement d’apparence d’un meuble à restaurer est très gratifiant. Ce travail de restauration, de maniement du bois pur et singulier est une chance, car à notre époque la fabrication de panneaux dérivés du bois ainsi que des revêtements artificiels prennent une grande place du marché.

J’aimerais garder le cap sur restauration de meubles anciens, mais également pouvoir créer du mobilier moderne, design et utile, ce qui coordonnera mes deux formations. J’ai eu la chance de rencontrer mon maitre d’apprentissage et diverses personnes qui m’ont enseigné le geste juste, l’approche délicate du bois et transmis aussi leur passion. Je les en remercie et suis certaine que de constater ma réussite leur a donné une grande fierté.

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